Un vent nouveau souffle sur la mode : cap sur l’esthétique genderless
Depuis quelques années, la frontière entre les vêtements dits "féminins" et "masculins" s’estompe sous l’impulsion d’une nouvelle génération de créateurs et de consommateurs en quête d’expression libre. À l’heure où l’inclusivité devient un impératif sociétal, la mode genderless – ou sans genre – bouscule les codes esthétiques et commerciaux, apportant une réponse aux attentes d’une clientèle désireuse de s’affranchir des étiquettes traditionnelles.
Définition : qu’est-ce que la mode genderless ?
Loin d’être un simple effet de mode, le "genderless" désigne une proposition stylistique mais aussi une philosophie : les vêtements ne sont plus conçus ni marketés spécifiquement pour "hommes" ou pour "femmes", mais destinés à tous. Silhouettes modulables, palette de couleurs neutres, coupes amples, matières mixtes : l’objectif est avant tout de proposer un dressing fluide, où chaque pièce s’adapte aux morphologies et aux identités, sans préjugés ni stéréotypes.
- Suppression de la segmentation classique des collections (femme/homme)
- Propositions unisexes : pantalons larges, chemises oversize, costumes à la coupe droite, accessoires neutres
- Accent mis sur la créativité, la liberté d’assemblage et le confort
- Campagnes de communication ouvertes, mettant en scène des personnes aux genres variés
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte plus large d’évolution des mentalités autour du genre, avec une influence manifeste des communautés LGBTQIA+ et une forte résonance chez la génération Z, qui valorise l’authenticité et la diversité.
Une révolution sur les podiums : créateurs et maisons pionnières
Les premières incursions genderless sont venues du Japon, avec la marque Comme des Garçons dès les années 80. Mais c’est au fil des dernières saisons que le concept explose : Raf Simons, JW Anderson, Telfar ou Charles Jeffrey bouleversent le calendrier des Fashion Weeks en proposant des silhouettes mêlant tailleurs, robes, jupes-culottes, imprimés graphiques et accessoires revendicativement mixtes.
- Gucci (Alessandro Michele) : collections où costumes, robes ou chemisiers sont portés indifféremment par des mannequins de tous genres, dans une volonté d’effacer la frontière binaire
- Balenciaga ou Maison Margiela : jeux de volumes et de superpositions, invitation à se réapproprier le vêtement selon ses envies, indépendamment des conventions
- Harris Reed : robes-tailleurs majestueuses, heurtant volontairement les stéréotypes attachés à la masculinité
- Loewe : collections capsules où turquoise, rose, gris, et beige se combinent dans des pièces hybrides, inspirées du vestiaire féminin comme masculin
Il n’est plus rare de voir sur les podiums des modèles hommes portant des jupes, ou femmes arborant costumes et derbies. Les défilés mixtes ou Non-Binary deviennent de nouveaux hauts lieux de visibilité, elles inspirent aussi nombre de jeunes créateurs indépendants sur Instagram et TikTok.
Pourquoi cette mutation ? Analyse sociétale et facteurs clés
La démocratisation de la mode genderless répond à plusieurs évolutions :
- Une remise en cause des archétypes genrés : le vêtement est identifié comme une construction culturelle, non une fatalité physiologique ou sociale
- L’influence des cultures pop et queer : artistes et célébrités (Harry Styles, Billie Eilish, Sam Smith, Christine and the Queens…) brouillent les pistes, imposant une esthétique plurielle et assumée
- Un marché plus inclusif : selon une étude IFM, 56% des jeunes adultes affirment souhaiter des collections non genrées, acoustant l’aspect pratique et la promesse de diversité corporelle
- L’impact des réseaux sociaux : ils offrent une tribune à des influenceurs et « role models » qui partagent leur propre style, indépendamment des codes assignés
Ajoutons à cela un enjeu commercial fort : en supprimant le cloisonnement, les marques élargissent leur cible, optimisent leurs stocks et favorisent l’identification collective.
Nouveaux repères de style : ce à quoi ressemble la mode genderless en 2024
La mode sans genre ne se limite pas à "mélanger" le vestiaire masculin et féminin : elle invente de nouvelles règles du jeu, souvent basées sur l’oversize, la mixité des textures et l’adaptation morphologique. Quelques tendances phares :
- Pantalons large jambe ou cargos mixtes
- Cardigans et pulls oversize en maille épaisse ou fine
- Manteaux amples ceinturés, d’inspiration peignoir ou kimono
- Chemises longues ouvertes ou à empiècements contrastés
- Jupes et kilts déclinés dans des matières techniques ou traditionnelles
- Sneakers, derbies massives, boots plates ou sandales genderless
- Accessoires sobres : bonnets unis, sacs bandoulière rectangulaires, lunettes aux formes neutres
L’accent est mis sur la praticité, l’absence de décoration codée, et le jeu sur les proportions : chacun s’approprie la pièce selon son identité et sa silhouette. Les tailles sont revues (« S-XXL » pour tous), les matières élastiquées ou à réglages flexibles se multiplient. Le style genderless, c’est aussi un choix de couleurs non restrictif : du pastel à l’aubergine sombre, du beige au turquoise vif, sans que ces teintes soient assignées à un genre particulier.
Benchmarks : acteurs et initiatives en France et à l’international
- En France : Des marques émergentes comme Balt ou Once Again Paris investissent le secteur du prêt-à-porter avec une offre exclusivement genderless. Agnes b., pionnière des chemises unisexes, multiplie également les collections à taille unique ou mixte.
- À l’Étranger : Telfar (New York) propose vêtements, sacs et accessoires sans distinction. Collusion (Asos) déploie des lignes inclusives pensées pour toute identité. Des géants comme H&M et Zara lancent des capsules "unisex" ou "non-gendered". La marque suédoise Stutterheim édite ses raincoats en taille unique, homme ou femme.
- Le luxe : JW Anderson, Rick Owens, Bottega Veneta prennent régulièrement le parti de collections volontairement indéterminées, diffusées lors de défilés conjoints homme/femme.
- Point de vente : de plus en plus de concept-stores (comme L’Exception à Paris, LN-CC à Londres) abolissent les rayons genrés, ordonnant les vêtements par catégorie, non par public.
Le genderless au quotidien : impacts et bonnes pratiques pour adopter ce style
- Dépasser la taille standard : Oser essayer des vêtements jugés « hors-sexe » ou qui ne correspondent pas à votre rayon habituel. Privilégier les coupes fluides, manches amples, pantalons réglables.
- Mixer les styles : Floutez les frontières en combinant, par exemple, un pantalon de costume droit et une chemise oversize, ou un sweat à capuche neutre et une jupe plissée.
- Faire le tri dans son dressing : Sélectionnez les indispensables : blazer loose, t-shirt uni, cargo, jean droit, chaussures basses. Repérez ce qui s’adapte à toutes vos humeurs et occasions.
- Jouer sur les accessoires : Sac banane, casquette neutre, lunettes rétro, bijoux en acier ou perles brutes… Cherchez la singularité plutôt que la codification classique.
- Privilégier des matières confortables, faciles à laver : Le genderless est pratique, pensé pour accompagner les mouvements.
- Contribuer à la diversité en valorisant les looks genderless sur les réseaux : Inspirez votre entourage, questionnez les codes et encouragez le partage de styles libres.
Budget et durabilité : les atouts de la mode sans genre
Le choix du genderless s’inscrit souvent dans une logique de mode responsable :
- Moins de doublons dans le dressing familial ou en colocation : partage facilité de pièces amples ou unisexes
- Meilleure durabilité : les coupes oversize et neutres vieillissent mieux, échappant à l’obsolescence liée aux tendances spécifiquement masculines ou féminines
- Achats réfléchis : on préfère des basiques premium, évolutifs, dont on sait qu’ils passeront d’une saison à l’autre et d’un porteur à l’autre
- Upcycling facilité : les vêtements genderless sont plus aisément revalorisés dans la mode circulaire (dons, Vinted, troc)
Checklist pour une garde-robe genderless réussie
- Coupes droites et fluides pour hauts et bas
- Pièces oversize à moduler avec des ceintures (femme ou homme)
- Palette neutre : noir, blanc, gris, camel, kaki, pastel
- Ancrage du confort : matières stretch, molleton, viscose, coton bio
- Poches profondes, boutons pratiques, tailles élastiques ou réglables
- Une sélection de chaussures plates ou semelles épaisses mixtes
- Accessoires sobres et ajustables
Conclusion : le genderless, plus qu’une tendance, un virage culturel
La mode genderless ne signe pas seulement la fin des rayons "pour elle" ou "pour lui" : elle questionne la notion même d’identité dans le vêtement, et offre à chacun l’opportunité de s’exprimer pleinement. Ce mouvement, porté par les jeunes autant que par les créateurs confirmés, ouvre la voie à une industrie plus souple, plus durable, et vraiment inclusive. Pour les marques, c’est un terrain fertile pour innover ; pour les consommateurs, une libération du style au quotidien. Désormais, s’habiller, c’est choisir non un genre, mais une forme de liberté.