Mode responsable

L’envers du décor : démêler le vrai du faux dans le greenwashing

Par Maxime
5 minutes

Décryptage du greenwashing dans la mode : outils pour s’y retrouver


Le secteur de la mode vit une révolution verte. Jamais les mots « écologique », « responsable » ou « durable » n’ont été aussi présents dans les discours des marques. Pourtant, derrière ces allégations, la confusion règne : comment repérer les engagements sincères de ceux qui enrobent leur communication d’une teinte verte sans fondement réel ? Bienvenue dans les coulisses du greenwashing, cette tendance à se donner une image éco-responsable souvent plus flatteuse que la réalité.


Qu’est-ce que le greenwashing ?


Derrière ce terme se cache une stratégie de communication employée par certaines entreprises pour se présenter comme soucieuses de l’environnement, alors que leurs actions concrètes restent, au mieux, limitées. Contraction de « green » (vert) et « whitewashing » (dissimulation), le greenwashing induit le consommateur en erreur, brouille sa perception et complexifie la tâche de consommer de manière vraiment responsable.


Les formes courantes du greenwashing dans la mode


  • Labels vagues ou auto-créés : Les marques n’hésitent pas à afficher sur leurs étiquettes ou campagnes des logos inventés, ou à employer des mots non certifiés comme « écologique » ou « naturel », sans référence à des normes claires.
  • Matières premières trompeuses : L’utilisation partielle de fibres recyclées (parfois moins de 10 % du tissu) mise en avant alors que le reste du vêtement reste conventionnel.
  • Absence de transparence sur la fabrication : Les informations se limitent à la matière, passant sous silence la provenance, la consommation d’eau ou les conditions de travail.
  • Campagnes au ton alarmiste ou culpabilisant : On fait croire que l’achat d’un produit, parfois isolé dans une gamme « verte », suffira à sauver la planète.

Greenwashing : pourquoi est-ce un problème ?


La superficialité de certains engagements nuit à la confiance et à la capacité du consommateur à faire des choix éclairés. Pire, elle ralentit le véritable changement structurel de l’industrie. Quand une marque survalorise une « éco-collection » représentant 3 % de sa production, cela occulte l’impact environnemental global de son activité (surproduction, pollution, transport mondial, fast fashion…).


Reconnaitre le vrai du faux : les indices qui parlent


  1. Méfiez-vous du flou : Les formules vagues (« mode responsable », « respectueux de l’environnement ») doivent toujours être accompagnées de précisions quantitatives et certifiées.
  2. Traquez les certifications indépendantes : Oeko-Tex, Fairtrade, GOTS, BCI, FSC… une certification sérieuse est délivrée par un organisme tiers reconnu.
  3. Lisez la composition complète : Un t-shirt « coton bio » doit indiquer le pourcentage exact de coton biologique, ainsi que les pratiques dans le reste du tissu (teinture, finitions).
  4. Exigez la transparence sur la chaîne d’approvisionnement : Une marque engagée précise le lieu de production, l’origine des matières premières, le nom des partenaires, et ne se limite pas à des généralités (« fabriqué en Europe », « usines responsables »).
  5. Scrutez la globalité de l’offre : Être « vert » sur une mini-collection lancée durant la semaine du développement durable ne suffit pas. Recherchez un engagement transversal : choix des matières, volumes de production, conditions sociales, logistique, politique de retours…

De l’étiquette à la réalité : exemples concrets de greenwashing


  • La « circularité » de façade : Certaines marques mettent en avant leur programme de reprise des anciens vêtements, alors qu’en réalité la quasi-totalité finit à l’export ou en enfouissement, faute de filières locales de recyclage.
  • Des capsules éco-responsables isolées : Là où 97 % des collections restent produites selon des procédés traditionnels, une ligne « verte » permet de soigner l’image… sans refondre l’essentiel.
  • Les emballages « verts » sur des produits jetables : Remplacer le plastique par du papier recyclé, c’est astucieux, mais le problème principal de surconsommation ou d’obsolescence programmée reste entier.

Focus : l’impact du greenwashing sur le choix du consommateur


En croyant faire un geste pour la planète, beaucoup de clients n’ont pas accès à l’information réelle pour agir selon leurs valeurs. Certains renoncent même à chercher une alternative responsable, noyés sous trop de discours contradictoires.


Les vrais engagements responsables : que faut-il exiger ?


  • Des chiffres précis : Taux de matières premières certifiées, pourcentage de production locale, réduction mesurée de la consommation d’eau ou d’énergie.
  • Une politique globale et progressive : Refondre la chaîne d’approvisionnement, privilégier le sur-mesure ou la précommande, augmenter la durée de vie des produits, encourager la réparation et la seconde main.
  • La voix des travailleurs : S’assurer du respect des droits dans toute la chaîne, des salaires décents, de la sécurité et de la formation continue.
  • Un accompagnement du consommateur : Mise à disposition d’outils pour l’entretien, la réparation, le recyclage, la consigne ou le don, pour faire durer les vêtements le plus longtemps possible.

Étude de cas : une marque face au greenwashing


Imaginons une marque lancée autour d’une forte communication « made in France ». À l’analyse, si la découpe du tissu se fait localement, mais que la matière première vient d’Asie, la teinture est externalisée, et l’assemblage finalisé à l’étranger, le bénéfice environnemental s’avère minime. La transparence réelle implique de détailler toutes ces étapes, d’expliquer progressivement les points à améliorer et d’accepter ses marges de progression.


Initiatives pour contrer le greenwashing dans la mode


  1. La montée du « name and shame » : Les associations, ONG et médias spécialisés pointent désormais les incohérences, publiant des classements ou des alertes sur les pratiques trompeuses.
  2. Législation accrue : L’Union Européenne travaille à l’interdiction des faux labels, à la clarification des allégations environnementales, et à l’obligation d’afficher la traçabilité (score environnemental, « index d’impact »…).
  3. Les outils de notation indépendants : Des applis et sites comparent les marques, décortiquent les engagements et donnent aux consommateurs des clés de lecture objectif.
  4. La voix des consom’acteurs : De plus en plus de clients interpellent directement les marques sur les réseaux, posent des questions précises, et exigent des réponses concrètes pour favoriser la transparence.

Quelques conseils pour acheter vraiment responsable


  • Ralentissez le rythme : Moins mais mieux. Chaque achat doit idéalement répondre à un véritable besoin, loin des achats compulsifs dictés par des collections éphémères.
  • Préférez les marques auditables : Optez pour celles qui publient leurs avancées réelles (et leurs marges d’erreur), communiquent sur leurs usines partenaires et sollicitent des audits externes.
  • Plébiscitez la qualité sur la quantité : Un habit durable économise les ressources naturelles sur la durée, évite le renouvellement ou le gaspillage.
  • Renseignez-vous sur la réparabilité : Certaines marques proposent des services de retouche gratuits ou à prix réduit, confirment la disponibilité des pièces détachées (boutons, fermetures…), et partagent des tutoriels d’entretien ou réparation.
  • Valorisez la seconde main, le don et la location : Ces alternatives contribuent à allonger la durée de vie des vêtements et à éviter de nouveaux achats inutiles.

Greenwashing : quels enjeux pour l’avenir ?


L’ère du flou, des formules vagues et des promesses détournées tend à s’achever, sous la pression conjointe de la société civile, des régulateurs et des consommateurs avertis. La véritable mode responsable implique une transparence continue, l’acceptation de ses incertitudes et une ambition mesurée mais sincère d’améliorer concrètement l’impact environnemental et social de l’intégralité de la chaîne de valeur.


En apprenant à décrypter les promesses, à exiger des preuves tangibles et à favoriser les démarches globales, chacun peut devenir acteur d’un marché plus vert et plus honnête – à la mesure de ses moyens. Le greenwashing n’est pas une fatalité : il peut devenir l’ultime catalyseur du changement, s’il pousse consommateurs et créateurs à viser l’authenticité, l’engagement et le progrès réel.

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