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Portraits de créateurs qui révolutionnent la mode urbaine

Par Maxime
5 minutes

Une nouvelle vague de créateurs transforme les codes du streetwear


Depuis plusieurs saisons, la mode urbaine connaît une métamorphose inattendue. Exit le simple survêtement ou le sweat à logo racoleur2ca0: une nouvelle génération de créateurs revisite le vestiaire de la rue et propose des lignes audacieuses où le style s’allie à l’engagement, à l’innovation textile et à la diversité culturelle. Nés dans l'ébullition des métropoles ou inspirés par le melting-pot de leurs quartiers, ils imposent un dynamisme inédit à la scène « street » et séduisent bien au-delà du cercle des aficionados. Qui sont ces esprits qui font bouger les lignes du style urbain en 2024 ?


L’urbanité repensée : héritage, mixité et déconstruction


La mode urbaine contemporaine tire sa force de la pluralité de ses influences. Si, jadis, elle renvoyait à l’image caricaturale des cités américaines ou du skatepark, elle s’affranchit désormais des frontières pour façonner un style inclassable. Les nouveaux créateurs assument des références multiples : hip-hop, sport, héritage oriental ou africain, punk ou héritage classique revisité.


Leur premier point commun ? Transformer l’ordinaire en manifeste. Matières techniques détournées, coupes asymétriques, détournement du tailoring bourgeois, imprimés graphiques ou slogans introspectifs : chaque pièce devenant une prise de parole ou un clin d’œil sociétal.


Rencontre avec cinq créateurs à suivre


Tour d’horizon panoramique de personnalités emblématiques qui s’illustrent par leurs collections visionnaires et leur impact sur la vie quotidienne.


1. Oumar Ndiaye : l’éclat urbain made in Paris-Dakar


Depuis ses premiers pas dans le 93, Oumar Ndiaye fait du métissage le cœur de son identité créative. Son label "Babacar Paris" emprunte aux wax africains comme au tailoring anglais, propose des bombers brodés à la main et des pantalons cargos en étoffes upcyclées d’Afrique de l’Ouest.


Sa philosophie : « Créer le lien, raconter une histoire et rendre accessible une mode qui a du sens pour les jeunes des quartiers comme pour les amateurs de pièces uniques. » Collaborant avec des collectifs d’artistes, il propose aussi des ateliers de customisation gratuits à Paris et à Dakar, pour démocratiser le sur-mesure urbain.


2. Juliette Wang : la poésie street d’inspiration asiatique


À la tête de la marque "Nu.Lin", Juliette Wang insuffle souffle et poésie à la mode street. Diplômée des Beaux-Arts et initiée au street art, elle joue avec des silhouettes fluides inspirées du hanfu et des motifs calligraphiés ou peints main.


Son atout ? L’utilisation de tissus 100 % recyclés, choisis pour leur tombé souple qui accompagne le mouvement. « Le confort devient un statement esthétique tout en défendant une mode responsable, » explique-t-elle. Nu.Lin séduit étudiants, jeunes actifs ou amateurs d’oversize, prouvant que style et écoresponsabilité font bon ménage.


3. Samy Karfoul : du skate park au podium


Enfant des banlieues lyonnaises, Samy Karfoul révolutionne le skatewear hexagonal avec sa griffe "Carvin : \Uncut\". Son credo : efficacité, robustesse et identité visuelle forte. Ses hoodies minimalistes, pantalons à jambe ample ou belles vestes en canvas jouent le logo discret et s’inspirent des lignes architecturales de sa ville de cœur.


Engagé sur le terrain, il sponsorise une équipe de jeunes skateuses, valorise l’inclusivité dans ses castings et invite systématiquement des photographes de quartiers à couvrir ses défilés. « La mode urbaine doit être un outil d’autonomie sociale, pas de simple esthétique, » martèle-t-il. Son vestiaire, confortable et étudié pour durer, bouscule les codes du genre masculin-féminin.


4. Léa Bouchra : le manifeste de la mode upcyclée


Designer et militante environnementale, Léa Bouchra s’impose avec "Ressource :té", une marque dont chaque collection est intégralement conçue à partir de stocks dormants et de vêtements recyclés. Le résultat ? Un streetwear audacieux et stylé : patchworks de jerseys, trenchs reconstructurés, vestes denim en double épaisseur.


Elle propose également des ateliers "vieillissement" pour apprendre à sublimer une pièce déjà portée. « Le plus urbain, c’est la capacité à transmettre – plutôt qu’à vendre sans sens, » affirme-t-elle. Ressource:té connaît un succès grandissant via sa boutique en ligne et ses pop-up stores dans les grandes villes.


5. Yanis Dridi : entre codes traditionnels et esthétique radicale


Le label "Aptitude", piloté par Yanis Dridi, convoque l’imaginaire du Maghreb, du sapeur congolais et du hip-hop des années 2000. Kaftan street, survêtements revisités avec broderies artisanales, chemises XXL aux teintes minérales, baskets moulées main : sa mode est plurielle, inventive et radicalement inclusive.


Yanis fait défiler des modèles de toutes morphologies, genres et origines. Son obsession : donner confiance aux jeunes urbains pour oser affirmer leur singularité. "La rue n’est pas un uniforme, c’est un terrain d’expression. »


Des collaborations pour fédérer et innover


L’une des grandes forces de cette nouvelle scène urbaine consiste à multiplier les collaborations. Les créateurs partenaires de collectifs d’art, de labels de musique, ou d’entreprises sociales injectent dans leurs lignes l’énergie des cultures émergentes.


Par exemple, "Babacar Paris" a imaginé une série limitée avec la start-up sneakers EthicSole pour un modèle produit à moins de 50 km de Paris, tandis que "Nu.Lin" s’associe à des illustrateurs issus de l’univers manga. Résultat : des pièces capsules, uniques, qui échappent à l’uniformisation des chaînes internationales et cultivent le sentiment de micro-communauté autour d’une marque.


Streetwear et mode responsable : l’engagement en héritage


La révolution urbaine, aujourd’hui, ne s’arrête pas au style. Nombreux sont les créateurs qui défendent un sourcing transparent, valorisent le recyclage, organisent des campagnes de collecte ou des initiations à la customisation. Leurs ateliers – souvent installés en centre-ville ou dans des quartiers périphériques – deviennent espaces de formation, incubateurs ou lieux d’échange. Les clients, eux-mêmes, sont invités à prolonger la vie des vêtements, à les transformer selon leurs envies du moment.


Cette implication fait école : influenceurs avertis, jeunes parents et étudiants s’impliquent, relayant la voix des marques auprès de leur communauté et transformant l’acte d’achat en geste engagé.


Bien choisir sa pièce street : conseils pratiques et inspirations


  • Valorisez les intemporels : un bomber, un hoodie épais, ou un cargo uni peuvent se mixer avec tous les styles. Investir dans une pièce signature upcyclée apporte la touche actuelle.
  • Osez le mix cultures : motifs wax, broderies asiatiques ou patchs graphiques se combinent avec denim ou sneakers classiques pour une identité forte mais facilement adaptable.
  • Misez sur l’entretien : la robustesse est un critère de choix. Lavez à basse température, évitez le sèche-linge et réparez plutôt que jeter. De nombreux ateliers proposent retouches ou relooking de pièce usée.
  • Suivez les pop-up stores : ces créateurs émergents vendent souvent en quantités limitées. Les marchés urbains ou plateformes comme CrushOn ou Imparfaite proposent régulièrement leurs pièces exclusives.
  • Personnalisez ! : badges, broderies, patchs ou tissus peints sont la signature ultime. N’hésitez pas à customiser ou détourner une pièce pour un look unique.

Portraits du renouveau : impact sur la jeunesse et la ville


En 2024, la mode urbaine n’est plus un simple reflet de la rue : elle la façonne activement, stimule l’économie locale, lutte contre l’exclusion et propose une nouvelle idée du cool, fondée sur l’authenticité et l’affirmation de soi. Les créateurs engagés bousculent le paysage classique, inspirent artistes, musiciens et sportifs, et donnent à voir une France multiculturelle, ouverte et inventive. Peut-être, surtout, donnent-ils aux jeunes générations les outils pour affirmer identité et créativité sans négliger ni leur budget, ni leur impact écologique.


Conclusion : la mode urbaine, laboratoire d’avenir


Plus qu’une tendance, la révolution urbaine portée par ces créateurs est un véritable laboratoire social et stylistique. De la customisation DIY au vêtement d’exception, de la fusion culturelle aux engagements éco-citoyens, ils prouvent que la mode de la rue n’a jamais été aussi ambitieuse, inclusive et foisonnante.


Décrypter leur parcours, s’inspirer de leur audace et oser l’expérimentation, voilà ce qui redéfinit la garde-robe 2024 : une mode à la fois accessible, attentive à l’époque et riche de sens – à porter, partager et transmettre bien au-delà du bitume.

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