Marques & créateurs

Focus sur les marques françaises qui misent sur l’inclusivité

Par Maxime
5 minutes

Quand la mode française prend le virage de l’inclusion


Depuis quelques années, de plus en plus de marques françaises s’engagent pour repenser l’univers de la mode. L’inclusivité devient une valeur phare, bien loin du discours marketing ou de la simple tendance. Derrière ce mot, un enjeu concret : proposer des collections qui s’adaptent à toutes les morphologies, à tous les âges, à tous les genres, tout en intégrant la diversité culturelle et le handicap. Pour de nombreuses griffes hexagonales, il s’agit non seulement de répondre aux attentes d’une clientèle lassée des canons restrictifs, mais aussi de transformer en profondeur le secteur pour en faire un espace réellement représentatif de la société française d’aujourd’hui.

Une vision renouvelée de la beauté et du style


L’inclusivité en mode ne se résume pas à élargir la grille des tailles. Elle questionne aussi la manière dont les vêtements sont pensés, taillés, présentés – et l’image que renvoient les campagnes publicitaires. Désormais, de petites maisons mais aussi des enseignes nationales s’entourent de mannequins de tous horizons : femmes, hommes, personnes transgenres, non-binaires, de toutes couleurs de peau et de toutes corpulences. Les rides, cheveux blancs ou particularités physiques ne sont plus invisibilisés. À travers cette approche, la mode célèbre la diversité au quotidien.

Autre pan incontournable : l’adaptation aux besoins spécifiques. Plusieurs créateurs proposent des vêtements accessibles aux personnes à mobilité réduite (fermetures magnétiques, coupes astucieuses pour l’habillage assis, tissus hypoallergéniques), marquant un tournant rarement abordé il y a dix ans.

Des marques pionnières sur le marché


  • Etam : La griffe de lingerie et prêt-à-porter féminins s’est illustrée avec des campagnes body positive rassemblant modèles grande taille, femmes enceintes ou seniors. Depuis 2023, Etam étend ses tailles du 32 au 52 sur la grande majorité de son offre.
  • La Redoute Collections : Forte de son engagement historique pour le prêt-à-porter familial, La Redoute propose l’une des gammes les plus larges du marché (du 34 au 64 sur de nombreux modèles), associés à des mannequins non retouchés.
  • Louise Markey : Cette créatrice basée à Paris place la diversité des genres au cœur de ses défilés. Son vestiaire genderless, minimaliste mais coloré, s’adresse aussi bien aux femmes qu’aux hommes et à toutes les identités intermédiaires.
  • Lili+Lala : Jeune marque inclusive pour enfants, Lili+Lala développe des vêtements spécialement conçus pour les enfants atteints de handicaps moteurs ou porteurs de prothèses, sans sacrifier style ni confort.
  • Rouje : Sur sa boutique en ligne, la marque fondée par Jeanne Damas affiche ses modèles dans des tailles variées, et met l’accent sur la naturalité : vergetures, grain de peau, petits défauts sont visibles, sans recours à Photoshop.
  • We Are Jolies : Spécialisée dans les sous-vêtements fabriqués en France et en coton bio, la marque mise sur une communication 100% brute et authentique, avec des égéries de toutes corpulences et de tout âge.

Des initiatives concrètes pour une mode qui inclut vraiment


Au-delà du discours, ce sont des innovations tangibles qui composent le nouvel écosystème français de la mode inclusive :


  • Tailles étendues et ajustées : Les marques affinent leurs patronages pour offrir des coupes flatteuses jusqu’aux grandes tailles. Fini le "plus size" pensé comme une version XXL du 38 : désormais, la conception repense la structure des vêtements pour s’adapter harmonieusement à chaque morphologie.
  • Essayages virtuels et conseils personnalisés : Des sites comme adopt.fr ou La Redoute intègrent des outils de simulation en ligne permettant à chacun·e de visualiser le rendu en fonction de sa silhouette (hauteur, tour de taille, hanches, poitrine) pour un choix vraiment éclairé.
  • Accessibilité pour les personnes en situation de handicap : Encore minoritaire, cette tendance s’accélère : fermetures adaptatives, textiles hypoallergéniques, repères tactiles pour personnes déficientes visuelles.
  • Visibilité des minorités : Les marques s’associent à des photographes, créateurs ou activistes issus de la communauté LGBTQIA+, afro-descendante, asiatique, ou issus des Outre-mer pour renouveler les imaginaires.

L’inclusivité au cœur des collections femme, homme et enfants


Pour les femmes : casser les tabous de la morphologie


Les actrices françaises d’une mode plus large s’emparent du sujet par le vêtement mais aussi par la pédagogie. Des guides de tailles détaillés, des tutos "morphologie", des photos avant/après – autant d’outils pour redonner confiance et sortir du dictat du 36. La maille stretch, les coupes portefeuille et les pantalons grande taille à ceintures extensibles font désormais partie du paysage, de même que les robes midi ou longues qui flattent toutes les silhouettes.

Pour les hommes : vers la diversité des modèles


Longtemps marginalisée, la diversité masculine s’affiche avec force. Des enseignes comme Arthur & Beni proposent chemises, pantalons ou tailleurs de la taille XS à 5XL, tandis que de nouveaux labels (Rad, Faguo, BonneGueule) mettent en avant des mannequins de toutes origines et de toutes corpulences, jusqu’à valoriser la calvitie, la pilosité ou les particularités corporelles.

Enfants : inclusion et praticité


Chez l’enfant, l’inclusivité prend la forme de modèles adaptatifs (fermées aimantées, bras amovibles, pantalons ultra-élastiques), mais aussi d’une réflexion sur les normes genrées. Plusieurs marques proposent désormais collections mixtes ou habits non-genrés, rompant avec la logique "rose pour les filles, bleu pour les garçons". Une révolution pour l’estime de soi dès le plus jeune âge.

Impacts au quotidien : le budget, le choix, la confiance


Opter pour une marque inclusive, c’est souvent (mais pas toujours) investir un peu plus – la recherche, la conception et la production en petites séries représentent un coût. Mais l’impact au quotidien s'avère décisif : meilleur confort, moins d’adaptations nécessaires en retouche, moins de frustration en cabine ou à la réception d’une commande. En retour, ces marques fidélisent davantage et bâtissent une communauté engagée, que ce soit derrière l’étiquette ou sur les réseaux.

Pour les budgets serrés, plusieurs plateformes françaises – Vinted en tête – permettent aussi de chiner des pièces inclusives de seconde main, prolongeant la démarche jusque dans l’économie circulaire.

Paroles de consommatrices et consommateurs


"Pour la première fois, j’ai trouvé un maillot adapté à ma morphologie et dans lequel je me sentais vraiment belle", confie Emilie, 37 ans, cliente We Are Jolies. "Je n’ai plus l’impression de me cacher derrière mes vêtements : je les choisis pour me mettre en valeur, comme je suis, pas comme la société pense que je devrais être", témoigne Ludovic, 52 ans, habitué de La Redoute.

Les défis à relever


L’inclusivité n’est pas encore un acquis généralisé. De nombreuses marques tardent à s’ouvrir à toutes les tailles, et le segment du luxe reste majoritairement excluant. D’autres enjeux surgissent : formation des équipes, adaptation logistique (approvisionnement, gestion des tailles rares), communication adaptée sans tomber dans le tokenisme (l’utilisation d’une forme de diversité de façade pour améliorer son image). Mais la dynamique est enclenchée.


Comment reconnaître (et soutenir) une démarche inclusive ?


  • Des tailles étendues, vraiment disponibles, sur chaque collection
  • Des photos de modèles non retouchés, un nuancier de peaux, d’âges, de genres
  • Une transparence sur la conception, la fabrication, voire la co-création avec des personnes concernées
  • Un service client à l’écoute, apte à conseiller chaque morphologie

Les réseaux sociaux sont aussi un indicateur intéressant : la parole y est libre, et de nombreuses influenceuses body positive, activistes antiracisme ou militants LGBTQIA+ n’hésitent pas à partager leurs expériences positives ou à signaler les failles dès qu’elles surviennent.

Conclusion : pour une mode qui fédère vraiment


La France, longtemps attachée à une vision élitiste et standardisée de la mode, s’ouvre de plus en plus à une scène inclusive, créative et bienveillante. Les marques hexagonales, petites ou grandes, montrent qu’il est possible d’innover au bénéfice de toutes et tous. Bien loin du simple slogan, l’inclusivité se dessine chaque jour en atelier, sur les sites de e-commerce, dans les rayons et sur les réseaux. Une nouvelle page s’écrit – où chaque corps, chaque identité, chaque style trouve enfin sa place.

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